Rêver, c’est déjà ca !, par Gérald Filias

Augustin aimait la mer. Augustin aimait rêver. Augustin était un contemplatif qui pensait que les belles histoires n’arrivent pas que dans les livres de contes.

Varois, il avait la chance de pouvoir satisfaire ses envies de grande bleue quasiment sur le champ. Dès qu’il en sentait le besoin, il se rendait au bout du cap Taillât et se posait pour un temps. Temps court si le lieu était déjà occupé, temps indéfini s’il était seul. L’été, il renonçait et emmagasinait l’envie.

Ce jour d’avril, il s’était posé en début d’après–midi et caressait un morceau de bois flotté que l’on trouvé en quantité au cap. Il s’émerveillait encore et encore de la beauté et de la douceur de ces morceaux d’arbres qui entamaient une nouvelle vie. Augustin aimait peindre mais ne savait peindre que les branches et les arbres. Il n’avait envie de rien d’autre. Il ne comprenait pas qu’un artiste comme Mondrian ait abandonné les arbres de ses débuts pour des quadrilatères de couleur. Augustin, lui, sentait la vie courir dans chaque branche et ne ressentait rien devant un rectangle jaune. Il en était là dans ses pensées lorsqu’il fut interrompu.

Portée par une vague un peu plus virulente que les autres, une bouteille en verre qui venait de se dégager d’un amas de branches arriva à ses pieds.

“Une de plus“ songea Augustin. Oui, mais celle-ci était particulière.  Elle était polie et son bouchon largement enfoncé semblait montrer qu’on avait pris des précautions. Il la secoua, aucun bruit de liquide ne lui répondit.

Il doit y avoir un message s’amusa Augustin comme s’il s’adressait à un ami. Il souriait en essayant de la déboucher, piqué quand même de curiosité. Il n’y parvint pas, le bouchon faisait parfaitement son office. Il n’allait quand même pas la fracasser pour s’assurer qu’il n’y avait sans doute rien à l’intérieur. Déçu, il la reposa et reprit ses rêveries et son dialogue avec la mer.

La journée d’avril basculant dans la fraicheur, il se leva et prit le chemin du retour. Un dernier regard sur son lieu de rendez-vous préféré le ramena à la bouteille qui lui avait résisté.

Se disant qu’il était ridicule et que cela pouvait être agréable d’être ridicule, il la prit, la glissa dans son petit sac à dos pour l’ouvrir une fois rentré.

Il la recroisa dans la soirée posée sur le petit meuble de l’entrée.

En même temps qu’il se sermonnait devant cette récolte enfantine, il sourit et se décida à la déboucher.

Ce fut fait avec quelques difficultés, le bouchon tenant ses promesses.

Comme prévu, pas de liquide à l’intérieur mais surprise, il semblait bien qu’un morceau de papier attendait un lecteur.

Impossible de le sortir sans briser la bouteille, ce fut fait et Augustin se retrouva avec dans les mains un morceau de papier roulé qu’il s’empressa de dérouler et lut :

Wtuad lj wsmmvhk slxcx lrzanykmt httk fis ofsdj zl xxa

M…

C’était écrit à la main, d’une écriture assurée, décidée.

Augustin pensa d’abord à une langue d’un pays nordique mais il s’aperçut vite qu’il se trompait, il s’aperçut aussi que le papier avait été volontairement vieilli

C’était donc un message codé.

Cela plut à Augustin. Il était joueur. Il avait lu que des énigmes circulaient à travers le monde, que des trésors étaient cachés et que de nombreuses personnes s‘amusaient à les chercher.

Il était peut-être tombé sur un indice qui permettrait de résoudre l’une d’entre elles.

Il restait à la décoder.

Il y passa sa soirée.

Il essaya de décaler les lettres dans l’ordre de l’alphabet, ce qui était classique. Il décala d’abord d’un rang puis jusqu’à 25.  Pas un vrai mot n’apparut. Cela s’annonçait plus compliqué ! La nuit porta conseil. Il avait quelques jours de congé, son emploi du temps venait de se remplir. Internet allait venir à son secours. Il tapa : résoudre une énigme puis, déchiffrer un message codé.

Il utilisa quelques trucs sans succès. 

La journée se termina dans la déception.

La nuit le revigora. Dès le matin suivant il reprit ses recherches. Il s’emballait un peu, il le sentait bien mais cette histoire lui trottait trop dans la tête, il fallait qu’elle en sorte, l’obsession n’était pas loin.

Et là, alors qu’il désespérait, la chance, l’intuition ou le miracle, à chacun de choisir son mot, lui tapa sur l’épaule.

Il se décida à nettoyer son clavier d’ordinateur pour se changer les idées et vit que le M précédait le W. Et si le code s’appuyait sur le clavier azerty plutôt que sur l’alphabet.

Il mit la soirée à trouver, jusqu’à ce qu’il pense à reculer d’un rang supplémentaire à chaque lettre.

Une bouffée l’envahit lorsque le message se livra à lui. Les yeux écarquillés, il put lire :

Merci de déposer cette bouteille dans une benne de tri !

Gérald Filias