Sieste imprévue, par Magali François

Je sais bien que je ne devrais pas être là, lovée contre ce coussin moelleux mais c’est si bon et puis, si je suis arrivée là, c’est par excès de conscience professionnelle.
Je vous explique.
J’étais tranquillement installée dans le garage, sur ma couverture, et commençais à somnoler.
Soudain, j’ai entendu un bruit sourd dans la maison. J’ai de suite pensé « cambriolage », avec tout ce que l’on entend aux informations. N’écoutant que mon courage, je me suis jetée si fort contre la porte communiquant avec la cuisine que le verrou a cédé. C’est quelque chose qui se remplace facilement un verrou et elle pourra en profiter pour donner un coup de peinture car mes ongles ont laissé leurs traces…
Je me suis donc retrouvée, babines retroussées et prête à bondir, au milieu de la cuisine, vide de tout intrus.
J’avais rêvé : aucun bruit, aucune présence mais puisque j’étais là, autant en profiter.
On peut bien s’amuser un peu. Ce n’est pas défendu et cela ne fait du mal à personne.
Zut, tout est tombé ! Ils étaient tentants ces petits nœuds qui pendaient. Je n’ai pas pu résister et juste un peu tiré dessus. C’était le sac à pain, il y a des miettes partout sur le sol. Ce n’est pas très bon le pain rassis et puis je flaire une odeur beaucoup plus appétissante. Bien sûr ! Ce sont les os du poulet d’hier soir qui embaument la poubelle. Je pourrais juste aller y jeter un petit coup de truffe. Et puis, maintenant que le sac est ouvert, allons-y gaiement ! Je me régale ! C’est bien meilleur que des miettes de pain. Je me lèche consciencieusement pattes et babines. Quel régal ! Mais tout cela m’a bien fatiguée. Je quitte la cuisine à pattes feutrées. Je sens l’appel du canapé du salon. Il est tellement moelleux avec ses coussins douillets et son petit goût d’interdit n’est pas pour me déplaire. J’attrape au passage une pantoufle rangée à l’entrée de la pièce. Un, deux, trois, me voilà bien calée au milieu des coussins, la tête posée sur l’accoudoir, la pantoufle contre mon flanc. Qu’est ce que c’est bon ! Quand je pense que si je n’avais pas écouté mon courage pour chasser des cambrioleurs imaginaires, je serais en train de l’attendre dans le froid et l’humidité du garage. Le ventre vide qui plus est !
Cette image rajoute à mon plaisir.
Je serai peut-être grondée, voire punie à son retour mais tant pis. C’est si agréable d’être un labrador désobéissant dans ce canapé et le ventre plein. Et de toute façon, elle ne crie jamais très fort. En plus, je sais l’attendrir avec mon regard de chienne soi-disant malheureuse.

Je le sais car je n’en suis pas à ma première bêtise. Enfin, bêtise est un bien grand mot. C’était tellement amusant !
Il y a eu le jour où j’ai déraciné son rosier pour le plaisir de sentir la terre fraîche sous ma truffe et d’enterrer mon os.
Celui où j’ai déchiqueté son béret mauve auquel elle tenait tant. Elle m’avait laissée seule en oubliant l’objet du délit. Quel plaisir de pouvoir me venger !
Et puis il y a toutes les fois où je m’amuse à la regarder se mettre à quatre pattes pour récupérer le jouet que j’ai glissé, presque par inadvertance, sous le buffet.
Et le soir où, après m’être roulée dans la boue et encore mouillée, j’ai cavalé dans toute la maison laissant derrière moi de grosses traces marron. C’était bien : une patinoire à domicile !
Je me doutais bien qu’elle n’apprécierait pas le côté artistique de mon passage et que je n’avais aucune excuse mais quel plaisir !
La liste de mes petits plaisirs serait encore bien longue et je pourrais vous en raconter encore beaucoup si je n’avais pas autant sommeil.
Alors, profitons de cette confortable sieste imprévue et de ce nouvel instant de plaisir à peine
coupable.

Magali François