Noir et blanc, par Roselyne Rincon

       En ce temps-là, dans le petit village de Cha-cha-cha , vivaient , comme son nom l’indique, de nombreuses familles – nombreuses – de chats. Dans cette petite bourgade régnaient parfois l’entraide , mais  aussi la jalousie et les commérages . C’est bien connu : personne n’est ni tout à fait blanc ni tout à fait noir.

       Monsieur et Madame Chattemite formaient un couple mixte : le mari était blanc , son épouse noire. C’était un ménage uni, sans histoires, mais hélas , sans enfants. Madame se désespérait et s’arrachait les poils. De surcroît son mari étant très occupé par son travail , la solitude lui pesait beaucoup. Elle avait donc pris l’habitude de s’installer devant sa porte côté rue pour regarder passer les chatons des autres, les yeux  tristes et éplorés.

      Les états d’âme de Madame Chattemite ne semblaient en revanche pas affecter son mari, toujours affairé hors de la maison et peu soucieux de réfléchir au problème. Il avait d’autres chats à fouetter.

      Un beau matin, après avoir pris son petit déjeuner et arrosé ses plantes en pots, Madame Chattemite prit position sur le perron, comme à l’accoutumée. C’était l’heure des mamans et des nounous .Une fois de plus, Madame Chattemite assista à la promenade quotidienne des chatons du village : landaus, poussettes, elle regardait ce cortège  avec envie, les larmes aux yeux.

      C’est alors qu’elle vit arriver sa belle voisine du bout de la rue, Madame Chabadabada, une superbe femelle noire installée au village depuis quelques mois. Les tétines à l’air, l’allure altière, elle poussait fièrement et ostensiblement un landau surchargé de treize chatons …. tous blancs.

     Une infinie tristesse envahit le cœur de Madame Chattemite. Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas arriver derrière elle, son époux Flocon sur le point de sortir . Voyant passer la magnifique et sculpturale Chabadabada, Monsieur Chattemite recula en catimini dans le couloir pour se faire oublier, persuadé par ailleurs  que deux des treize chatons l’avaient reconnu et s’apprêtaient à miauler :  «  Papa ! » 

Roselyne Rincon