Atelier "Presque rien sur presque tout", animé par Marie

Consigne d’écriture :

Le film de votre vie ou l’éloge du sensible avec Olivia de Rosenthal maîtresse de conférences en littérature à l'université de Paris VIII, écrivaine, romancière, dramaturge et performeuse ...

Faire une liste de 10 films. En choisir un.

Quel est ce film qui a magnifié votre vie ? Quel rapprochement avec votre vie personnelle ou celle de quelqu’un d’autre que vous ?

TROUVER SA RIME

Encore une fois, il n'avait pas respecté les consignes, c'est ce que lui avait dit la prof. Quand même ! On était en janvier et Tom oubliait toujours de souligner l'énoncé du problème en vert et d'encadrer le résultat final en rouge. Alors, cette fois, il fallait marquer le coup, avait-elle dit et la note avait été divisée par deux.

Tom tendit la copie à son père d'une main tout en essuyant ses yeux rougis de l'autre. La prof exigeait la signature des parents, Tom ne pouvait y déroger, il ne craignait pas la réaction paternelle car entre eux s’était établie une belle relation faite de rires, de silences, d’écoute et de limites aussi.

Très vite, Tom était apparu comme un enfant rêveur, sensible, proche de la nature au milieu de laquelle il grandissait. Il pouvait passer de longs moments à observer les insectes qu’il capturait. Un peu plus tard, il s’était pris de passion pour la pèche, il partait alors à vélo plusieurs heures et revenait tout excité car il avait pu voir  de très près un martin pécheur  (tout près comme ça, maman, regarde... et il écartait ses deux bras de cinquante centimètres pour bien appuyer ses propos).

Un peu plus tard, son père l’avait amené voir « Le cercle des poètes disparus ». Il avait été bousculé, ému par ce film. Cette quête de rêve et de liberté avait résonné chez lui ; adolescent un peu timide, il s’était alors posé la question de ses propres rêves. Quels étaient-ils ? On était libre de ses rêves, on était libre dans ses rêves, oui, mais lesquels ?

Et puis, les choses en étaient restées là, il avait rebasculé dans la routine, enfin, pas tout à fait quand même car l'énergie qui se dégageait de ce film, la fougue contagieuse de ce Monsieur Keating, professeur de littérature hors pair, tout ceci avait dérangé Tom dans son petit confort monochrome, un peu comme un caillou dans sa chaussure. Et depuis, il lui semblait qu’il ne marchait plus tout à fait aussi droit dans la vie.

Alors, le coup de souligner en vert ou en rouge, ce fut la goutte de trop, celle qui fit déborder un vase bien plein depuis très longtemps. Son exercice était tout juste, il en avait trop marre de cette discipline aveugle qui ne prenait pas en compte les individualités. Lui, ce qu’il voulait maintenant, c’était commencer à devenir qui il était vraiment. Ce qu’il aimait, c’était la vie, la nature, c’était tout ça qui le faisait vibrer, qui le gardait vivant.

L’audace commençait à prendre le pas sur cette satanée timidité qui lui avait souvent donné envie de se cacher dans un trou de mulot, de devenir invisible. Il n’avait rien à faire d’une carrière prestigieuse et des grandes écoles, au prétexte qu’il était très bon en maths. Il devenait évident que ses aspirations personnelles le mèneraient plutôt vers la beauté, vers la couleur, vers l’art peut-être.  En tout cas loin de tout cet ordre établi, loin de l’institution scolaire, de ses stéréotypes et de la banalité. Il en était là de ses réflexions et il lui semblait que déjà il respirait mieux ; la conscience de sa propre individualité, de sa sensibilité personnelle amena même un léger sourire sur son visage jusque-là un peu crispé. Il lui fallait trouver sa façon de marcher, d’avancer dans l’existence, heureux et fier d’être vivant tout simplement. Ici et maintenant, il allait cueillir le jour offert.

Oui, car la vie est beauté, la vie est poésie. Au diable vauvert les traits rouges  et les traits verts, au diable les théorèmes et les théories !  Oui, aujourd’hui, à cet instant précis, il était convaincu qu’il allait trouver sa rime dans le grand poème de la vie.

Son père prit le stylo que Tom lui donna, apposa sa signature sur le haut de la copie, replaça  le crayon sur la table, posa la main sur l’épaule de son fils et son regard souriant croisa les yeux fiers de Tom. Silencieusement. Tendrement.

Simone Dussidour (Mars 2020)

Atelier "Un jour une émotion", animé par Marie

L’Atelier « Un jour, une émotion » proposait au mois de juin « LA DÉCEPTION » en s’appuyant sur une image de Edward Hopper représentant une femme attablée dans un restaurant.

Jean-François SOGUEL a parlé du « Repas de sa vie » comme suit :

LE REPAS DE MA VIE

Ce restaurant a une excellente réputation mais malgré notre réservation de la semaine dernière, il a fallu attendre presque dix minutes qu’une table soit libérée et préparée, vingt minutes pour que notre commande soit enregistrée et plus de trente minutes avant que le premier plat ne soit servi.

Je me faisais un plaisir de déguster son plat signature : « le canard au sang ». Je n’en ai jamais mangé et je me faisais une joie de découvrir à mon tour cette célèbre préparation dont une partie s’effectue en salle devant les clients. Hélas, plus de canard aujourd’hui ! J’ai dû me rabattre sur une « langouste amoureuse en petite folie » ! Plat certes intéressant mais avec un accompagnement de riz pilaf qui aurait avantageusement pu être remplacé par des pommes de terre nouvelles à la vapeur. Je reconnais que le dessert était bien réussi mais rien d’exceptionnel non plus pour une tarte tatin au demeurant très simple à réaliser. Non, vraiment, je pense que cette réputation est surfaite. Je suis autant déçue du service et de la cuisine. Heureusement que le cadre est statutaire, quoique….

Si seulement nous avions décidé de réserver notre repas pour un midi au lieu du soir, il y aurait eu suffisamment de canards pour que nous puissions être servies. J’aurais ainsi pu découvrir cette merveille dont tout le monde parle et j’aurais ainsi pu m’en vanter autour de moi : « Oui Madame, oui, Monsieur, je suis déjà allée à « La Couronne » et bien évidement j’ai commandé le fameux canard au sang dont je me suis régalée. Si seulement pendant notre attente dans le vestibule le maître d’hôtel nous avait proposé une coupe de Champagne pour patienter, j’aurais pu faire savoir que malgré un petit souci technique d’organisation, j’avais été traitée comme une cliente importante. Si cette tarte Tatin avait été mieux mise en valeur dans l’assiette, elle aurait probablement eu un goût encore meilleur. Finalement, seule l’addition s’est avérée sans surprise. Si j’avais été la responsable du restaurant, j’aurais fait un geste en proposant gracieusement un digestif en apportant la note. Au lieu de tout cela, dès que je serai de retour à la maison, je me connecterai sur internet pour mettre une note et apporter un commentaire circonstancié.

Si j’avais su tout cela, je ne serais pas sortie et je me serais préparé un bon plateau télé en regardant Top-Chef.

Jean-François Soguel (Juin 2020)

« MELI MELO D’EMOTIONS »

Afin de redonner du baume au cœur en période de confinement, Marie a proposé aux participants, par mails croisés, d’écrire une courte pièce sous forme de Vaudeville incluant un « Méli-mélo d’émotions ». Le décor était posé, il ne restait plus qu’à faire dialoguer les personnages, créer une intrigue et pour contrainte : imaginer une disparition.

LA SCENE se passe à midi dans une petite boulangerie de campagne.

LES PERSONNAGES :

Emeline DAIMPUR, la boulangère, dans le fournil : Jean-Claude, son mari

Ambroisine TUFFE, une cliente âgée et rhumatisante

Tang CHIME, le notaire, rêveur et un peu poète.

Gauthier  ROUCOUNNE, Don Juan BCBG, étranger au village

Coraline l’esthéticienne du village,

Et enfin, SARRAZIN, un chartreux aux yeux d’or.

Joëlle ILLAND, très inspirée, a lâché son écriture pour produire le savoureux texte ci-après intitulé : Aux délices de Liana

 

Aux Délices de Liana

La boulangerie du bourg de Lérou, petite commune dans la campagne charentaise est située en face de l’église.

Le magasin vient juste d’être rénové et semble plus lumineux avec ses couleurs éclatantes vert pomme et gris perlé. Une longue vitrine garnie de gâteaux et d’œufs de Pâques occupe toute une longueur sur la gauche en rentrant. Elle se prolonge jusqu’à la caisse. Les viennoiseries sont à la droite de la caisse.

Le chat, Sarrazin dort dans une panière à même le sol.

Il est midi moins le quart, heure de grande affluence.

Emeline Daimpur, la boulangère est une femme bien en chair, le teint rosé, les cheveux blonds bouclés, retenus par un serre-tête vichy rose assorti à son tablier. Elle se tient derrière la caisse. Jean Claude Daimpur, son mari, est à côté d’elle, les deux mains posées sur son ventre bedonnant saupoudré de farine. Il aime bien à cette heure-là, venir faire causette à ses clients. Aujourd’hui, ils sont quatre dans le magasin :

Ambroisine Tuffe, octogénaire rhumatisante, toujours avec sa canne, Tang Chime, le notaire, la cinquantaine grisonnante, Gauthier Roucounne, la quarantaine, bel homme, sûr de lui, il n’est pas du village et il a la spécialité de garer juste devant le magasin, sa Ferrari F40. La dernière arrivée est Coraline, la jeune esthéticienne, grande, distinguée et séduisante dont l’institut fait face à la boulangerie.

Aujourd’hui, il y a effervescence dans le magasin.

Emeline Daimpur : Que vous arrive-t-il, ce matin Ambroisine, vous me semblez toute retournée ?

Ambroisine Tuffe : AH ! Il y a de quoi ! Hier, vendredi saint, je suis allée comme tous les ans, au chemin de croix. Tout était normal, les mêmes participants que les autres années. J’ai même demandé à monsieur le curé si je pouvais venir à confesse à neuf heures ce matin, pour faire mes Pâques dimanche. J’aime bien passer la première, c’est vite fait, car à mon âge, je n’ai pas grand-chose à me reprocher. Ce n’est pas le cas de tout le monde, en lançant un regard soupçonneux vers la jupe courte de Coraline.

Et bien, ce matin, à neuf heures, pas de monsieur le curé ! J’ai attendu un peu, je suis allée au presbytère où j’ai trouvé la Françoise, la bonne du curé, aux cent coups ! Monsieur le curé aurait disparu ! Il n’a pas dormi dans son lit ! Vous vous rendez compte ! Elle devait téléphoner à la gendarmerie.

Bon, Emeline, donnez-moi une baguette et deux pines, une à la crème pâtissière et l’autre à la crème Chantilly.

Tang Chime : Et bien, madame Tuffe, vous aimez les pâtisseries !

Ambroisine Tuffe : Monsieur Chime, c’est la fin du carême, je me suis privée pendant quarante jours, je peux bien m’offrir une pine aujourd’hui et une autre demain.

Pourvu que je puisse aller à confesse !

Coraline : Vous savez, Ambroisine, moi, je ne vais pas à confesse, je parle directement au bon Dieu et il me pardonne.

Ambroisine Tuffe : Ah ! vous les jeunes, vous faites tout à l’envers et vous adaptez la religion à votre vie moderne. Mais ce n’est pas très catholique !   OUI

Bon, je vais retourner voir la Françoise, et si j’ai des nouvelles, je reviens vous voir.

Jean Claude Daimpur : Pendant la semaine sainte, tout le monde connait la passion du Christ, mais il y a eu peut-être la passion du curé pour une de ses ouailles. A trente-cinq ans, ce doit être dur le célibat !

Gauthier Roucounne : Vous avez raison, monsieur Daimpur, un homme reste un homme, même en soutane, en lançant un clin d’œil à Coraline.

De plus, à entendre toutes les confessions de ces jeunes femmes, il y a de quoi en perdre le nord et donner des envies !

Tang Chime : Arrêtez de broder ! Monsieur le curé a sûrement été appelé, peut-être auprès d’un mourant et il est resté plus longtemps que prévu. Vous savez, il est très dévoué et ne compte pas son temps.

Madame Daimpur, donnez-moi deux baguettes et quatre pains au chocolat, comme d’habitude. Carême ou pas carême, c’est pareil pour moi !

Gauthier Roucounne : A force de chercher une brebis égarée, peut-être monsieur le curé en a perdu le chemin de son église !

Madame Daimpur, ce sera un pain de campagne et un gros œuf de Pâques au chocolat noir. Je vais l’offrir à Coraline, c’est mon jour de bonté.

Coraline : Ah, il ne faut pas, monsieur Roucounne. C’est trop gentil ! Passez me voir à l’institut, je vous offrirai des échantillons de crème.

Gauthier Roucounne : D’accord, Coraline, j’y vais tout de suite.

C’est à ce moment-là, qu’Ambroisine entre dans le magasin en donnant des coups de canne frénétiques.

Ambroisine Tuffe : Emeline, Emeline, donnez-moi une chaise, je vais défaillir !

Je ne vais pas pouvoir faire mes Pâques !

Les autres : POURQUOI ?????

Ambroisine Tuffe : Je suis revenue voir la Françoise. Elle m’a dit que les gendarmes étaient venus à deux avec un chien policier. Ils lui ont fait sentir la soutane de monsieur le curé, et le chien a commencé à chercher. Il a tourné dans le presbytère, puis dans la cour, est entré dans la sacristie et a gratté à la porte de l’escalier qui mène au clocher.

Ils sont montés tout là-haut, à côté des cloches.

Emeline, donnez-moi un verre d’eau, j’ai mes vapeurs……….

Les autres : ET ALORS ?????

Ambroisine Tuffe : Et alors, ils ont trouvé monsieur le curé mort, à moitié dénudé, avec un porte jarretelles rouge noué autour du cou !

Sarrazin, le chartreux aux yeux d’or a levé la tête : Quelle histoire ! Y’ a vraiment pas de quoi fouetter un chat !

 

Joëlle Illand (avril 2020)

Atelier "Les baroudeurs", animé par Martine

Les baroudeurs de la plume

Ranger, trier, nettoyer… Et pourquoi ne pas classer ou reclasser les livres de sa bibliothèque ?

La proposition d’écriture est une invitation à partager ses rêves, ses méthodes, ses idées, ses fantaisies…pour se réapproprier ses livres sous forme d’une énumération à la manière de Sei Shônagon dans « notes de chevets ».

 

Dans l’armoire bibliothèque en verre

En haut de l’étagère les livres du terroir.

Devant, une boîte jaune contenant des photos,

Elles  me serviront pour l’atelier Scrapbooking.

Belle mise en valeur de mes souvenirs de vacances.

Tiens, à l’étage en dessous des coquillages, qui n’ont pas d’âge

Souvenir de la Martinique

Avec une éponge trop vieille, passons.

La rangée livres sur la Charente,

Pas facile à classer …

Devant, un cendrier marocain donné par Fatima.

Il faut que je la vois, il y a de la menthe au jardin.

Tiens ! Mes revues «  Salut les Copains »

Un brin de muguet vient de tomber, à treize clochettes s’il vous plaît .

Reste d’un amour d’adolescence.

Je ne sais plus son nom à celui-là.

Il projetait des films, j’étais l’ouvreuse .

Vraiment, il n’y a pas assez de place .

Je vais monter une pile dans le grenier.

Un carton à mes pieds pour les livres à donner .

Toutes les revues de jardinage, je les refile à mon mari.

Chouette, une revue sur les hérissons.

J’en ai vu deux hier dans mon jardin

Ils disent quoi pour les garder.

A ce rythme, le classement n’est pas terminé.

Stop.

Bernadette M.

 

Les baroudeurs de la plume

S’évader à la maison, s’offrir un voyage immobile. 

La consigne : laissez vos pensées vagabonder vers une ville dans laquelle vous n’avez fait que passer quelques heures, quelques jours… Une ville traversée, effleurée.

Des images, des odeurs, des bruits, de vagues souvenirs vous reviennent.

Voyagez et parlez-lui, interpelez-la comme Jules Supervielle le fit avec "Marseille".

 

La ville

Je vis souvent ces moments de flottement au cours desquels l'image d'une ville ou d'un village fait surface devant mes yeux.

Avec la précision d'une photographie.

Je me demande pourquoi cet endroit plutôt qu'un autre ? Qui choisit sans que j’aie mon mot à dire ?   Comme si une partie de mon âme s'y promenait encore...

Aujourd'hui c'est Paris.

Paris. Mars-avril deux mille vingt. Le Covid rôde.

L'image de ses rues vides, de ses grandes avenues soudainement silencieuses. Qu'en pensent les pigeons ?! Savent-ils que nous confinons ?

Paris muette, plaquée comme un décor de cinéma. Ses monuments sont bien là.  Ils apparaissent soudain sévères, gris, sans vie. Il leur manque la foule bigarrée, se bousculant, toujours pressée, jamais disciplinée. Trop bruyante, trop polluante. Jamais trop vivante ?

Qui donne à la ville son charme et sa beauté, les pierres ou les humains ?

Mon Paris, c'est l'île de la Cité, les tours du Palais de Justice suspendues au-dessus du fleuve.

La Seine qui charrie les bateaux-mouches débordant d'Asiatiques, l’œil rivé sur leur Nikon.

Les quais. Où donc est passé le  square du Vert Galand abritant tant d'amours ?

Souhaiterais-je encore un jour franchir le Petit Pont qui conduit à Notre-Dame, la grande brûlée ? Mon cœur se brise.

Le quartier Saint-Michel.  Devant la fontaine, autant d'hommes que de femmes attendent. La senteur d'un tout-possible flotte dans l'air. L'eau de la fontaine lavera regrets et remords.

La librairie Gibert Jeune sent le vieux livre.

Le fracas de la vaisselle cassée appâte-t-il encore le touriste rue Galande et rue de la Huchette  ? Le sirtaki y faisait recette.

Paris, tu me manques.

Et pourtant...

Je dois te confesser que tu m'as bien déçue lors de notre dernière rencontre. Jamais tu ne m'étais apparue si sale, si nauséabonde. Si moche pour tout te dire. Tu n'étais plus vivante, tu débordais de chaos.

La foule n'était plus enivrante mais bestiale, bornée.

Aujourd'hui tu te présentes à moi comme en repentir.

Tu ne le feras plus, me dis-tu.

Tu te pareras de tes belles couleurs.

La petite place des Abbesses bruissera du chant des oiseaux.

Les peintres de la place du Tertre prendront le temps de peindre ce qu'ils aiment.

Il n'y aura plus de courant d'air sur les Champs Elysées.

Alors promis, une fois déconfis,  nous nous  retrouverons !

Danièle CP

 

Les baroudeurs de la plume

L’affut, un style de vie (Sylvain Tesson)

Se mettre à l’affût, choisir cette attitude pour retrouver la sérénité en ces heures d’isolement.

Se tenir à l’affût - choisir d’arrêter son temps afin d’observer le temps de l’autre.

Ralentir les mouvements du corps, être à disposition, à l’écoute - percevoir avec attention.

Plus rien n’existe hors l’ouverture du regard. L’expansion des sens rend disponible à l’environnement, à tout ce qui habite, à ce qui advient.

En période de tourmente, voire de dysfonctionnement de rythme, laisser ses yeux s’accrocher aux visiteurs du jardin est un délice.

Ce rendez-vous quotidien avec le merle occupé à gratter les copeaux, tout en fouinant au milieu des fleurs, invite à cesser toute activité. Une respiration tranquille mène à l’harmonie méditative ... pas un geste ne trouble le merle, il vaque tranquille à ses occupations.

Le temps suspendu s’accorde au rythme du jardin. Les clématites, le cerisier, les papillons, les mésanges sont palpitations. Le lézard se niche au creux du mur d’en face.

Le bien être vécu dans ces instants se révèle dans le temps qui passe, sans qu’il soit pesant, pensé ou appréhendé.

Un doux état d’attention, de vigilance sans heurt, invite à la paisibilité, à la danse avec le vivant.

La lune se lève, elle amorce sa course à l’aplomb de la toiture, le souffle du vent bruisse dans les feuilles des arbres, soulève mes cheveux.

Un battement, un parfum d’éternité.

Sylvie B.

 

Les baroudeurs de la plume

Écrire au « vous »

La consigne : En français pour parler de nos expériences personnelles il est souvent proposé d’écrire au JE. Là, il est demandé d’utiliser le « VOUS » pour donner à sa réflexion un sens général, transformer les instants en un écrit intemporel.

Le texte devait commencer par un incipit choisi entre :

  • « La journée s’esquisse au matin devant un bol de café chaud »
  • « La persistance des rêves vous laisse cotonneux aux confins d’un entre deux mondes »
  • « Comme sur le quai juste avant le départ, vous êtes encore là mais déjà plus là »

Bon-Jour

La journée s’esquisse au matin devant un bol fleuri de café chaud.

Vous êtes assise là, entre deux rêves, entre deux éveils.

Il n’y a pas un bruit dans la maison, tout le monde dort.

L’aurore pointe à peine le bout de son nez, encore toute embrumée,

Comme vous, elle prend le temps de se poser, l’aube s’achève.

Qu’il est doux d’aller lentement au cœur du jour qui se lève.

Les bruits de la nuit s’estompent, ils vous déposent au creux du jardin.

Le vent vous salue, vous rappelle le café au creux de vos mains.

Ce bol qui le contient vous ramène aux jours fleuris des dernières vacances.

Le vent souffle vos cheveux, il ouvre votre regard, vous ouvre à la vie.

Votre solitude est contemplative, unique, précieuse.

Vous êtes consciente de votre chance, vous savourez le temps.

Vous musicienne, êtes toute attention, toute réception.

Un frôlement, un froissement, un bruissement d’aile ponctuent vos silences.

Point trop de bruit en lapant votre café, puis en déposant votre bol sur la table.

Belle âme que vous êtes, discrète et présente à chacun,

Vos sourires éclairent nos vies, ils tracent nos chemins.

Votre journée s’esquisse au matin,

et déjà dans vos mains

s’envolent nos chagrins.

Sylvie B

  

Les baroudeurs de la plume

Tourner la page…

… passer à autre chose, enfin se retrouver.

Dans l’espoir de jours meilleurs, une proposition en mode "clin d’œil:

l’acrostiche du mot masque.

 

Espoir

Muselière de tissu, gommeuse de sourire

Arme désuète et souple face au nouveau danger

Sache que nos yeux peuvent encore beaucoup dire

Que ne peuvent exprimer nos deux lèvres cachées

Un jour viendra où nous pourrons sans frein

Embrasser à tout va et se prendre par la main.

Anne B

 

Merveille de couleurs au sein du Carnaval

Assurant à chacun un autre identité

Serviteur parfois de ce qu'on voudrait cacher

Que t'es-tu insinué dans nos vies

Utile, certes, mais avec un bon temps de retard

Et maintenant, nous aimerions bien te jeter...

Danièle CP

Atelier "Trois fois trois", animé par Martine

Trois fois trois

Second défi de la saison, l’écrit d’une nouvelle policière.

Quelques pistes pour tenter de réussir :

  • Commencer par poser l’intrigue en soignant la scène d’exposition de la découverte du méfait,
  • Connaître ses personnages,
  • Ne pas se laisser surprendre par la solution de l’énigme, mais surprendre le lecteur,
  • Doser savamment ce qui doit être exprimé, ce qui peut être suggéré, ce qui doit être tu.

Meurtre chez Toutankhamon par Brigitte

Dernier défi, une nouvelle de Science-fiction.

L’idée centrale :

  • Écrire un texte sur une société future,
  • Inclure un élément perturbateur équivalent à notre analphabétisme.

Le piège à éviter : confondre Science-fiction et Fantasy.

Kiucy par Alain